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Français > Espagnol : Anthropologie urbaine, 29 pages
Anthropologie urbaine
29 pages
1 mois
Example du texte :
Le quartier Mériadeck à Bordeaux est un territoire d’implantation des classes populaires, au 19e siècle et jusqu’au milieu du 20e siècle. Dès 1851, année de création du "Marché aux nippes, hardes, vieux vêtements", il devient le quartier du chiffonnage. La rue Rougier, en particulier, est essentiellement habitée par de modestes familles de chiffonniers. Emile Darmusset âgé de 51 ans, et son épouse Lucie Darmusset, 36 ans, tous deux chiffonniers habitent toujours cette rue en 1926 . Par ailleurs, 22 chiffonniers sont recensés dans ce quartier la même année. Ce métier va inspirer toute une production discursive et littéraire. A Bordeaux et alentours, une de ses figures imaginaires est le célèbre Perraquet, sorte de croquemitaine qu’il suffit de citer pour effrayer les enfants. Une autre figure chiffonnière symbolique est le non moins célèbre Ramponneau. Guy Suire, dans son Petit Précis du parler girondin, le décrit comme un personnage hirsute, au visage charbonneux, vêtu de haillons, muni d’un grand sac dans lequel il emporte les enfants indisciplinés (Suire, 2000).
Un quartier de relégation convoité par les urbanistes dés les années 1950
En plus des chiffonniers, le quartier Mériadeck héberge aussi des brocanteurs et ferrailleurs. Vers ce lieu convergent tous les chineurs et chiffonniers équipés ou non de charrettes, pour y vendre le produit de leurs collectes aux grossistes de la place. C’est aussi le quartier réservé de la prostitution. Un projet de réhabilitation de cette zone urbaine de relégation émerge au cours des années 1950. Il s’agit de transformer ce lieu disqualifié en terrain d’expérimentation d’une nouvelle configuration urbaine, sur le modèle des mégapoles américaines modernes. L’insalubrité de l’habitat de l’ancien quartier Mériadeck alimente la plaidoirie en faveur de sa démolition, de son démantèlement, ainsi que du déplacement de ses habitants dans les grands ensembles. Les arguments en faveur de la démolition sont présentés dans le Rapport au Commissariat Général du Plan bordelais (Aguilar, 1968). La représentation de cette zone urbaine pointe du doigt ceux de ses commerces éveillant le plus la réprobation des moralistes. La volonté de faire disparaître ces lieux de débauche justifie le réaménagement du quartier autour d’immeubles d’habitation modernes. Cependant les activités de l’ancien Mériadeck ne se limitent pas à la récupération des déchets, à la prostitution, et aux très nombreux débits de boissons alcoolisées : « Dans les rues sans caractère architectural marqué vivent des "gens de peu" qui travaillent à la manufacture de tabacs ou dans de petites fabriques de lessive, de meubles, une miroiterie, un garage, exploitent les nombreuses épiceries et les bars-restaurants dont le pourcentage par habitant est le plus élevé de toute la ville» (Coustet et Saboya, 2005 : 221). Il existe en effet une diversité de commerces de proximité, complémentaires, et dont les patrons jouissent d’une grande notoriété et reconnaissance locale. Cette manifestation d’interconnaissance évoque la sociabilité villageoise.
Pour autant, la préservation de la communauté locale est absente du projet de réaménagement du quartier, tout entier tourné vers l’assainissement et l’ordonnancement de cette zone urbaine jugée décadente. La résistance opposée par la population est minimisée, réduite à l’initiative d’un seul homme : « En 1947-1948, deux architectes fonctionnaires font un inventaire de la ville, un examen du tissu urbain. Mériadeck apparaît comme "un quartier de bordels et de cafés", ce qui n’apparaissait pas comme un heureux prolongement de l’hôtel de ville, de ses jardins et des deux hôtels particuliers respectivement occupés par le rectorat et la sécurité sociale. La ville a proposé de démolir pour en faire un quartier d’habitations. Il y a eu accord sur ce programme à l’exception d’un édile, pharmacien à cet endroit, lequel de plus dirigeait le comité de quartier. Il n’existait pas, à ce moment-là, de loi de rénovation urbaine, mais il y avait une loi sur les îlots insalubres. C’est celle-ci qu’on a cherché à appliquer à Mériadeck » (Aguilar, 1968 : 53).
La première étude sur ce quartier, confiée à l’urbaniste Jean Royer en 1955 , conforte la sévérité des jugements portés par les autorités et la plupart des observateurs de la vie locale. Royer rapporte le « caractère affligeant du quartier », qualifié de « mauvaise banlieue […] composée de maisons sans intérêts […] de voies sans personnalité », pour conclure in fine « qu’il y a lieu d’envisager un quartier entièrement neuf » (Coustet et Saboya, 2005 : 222). Pour ce faire, cet urbaniste préconise de vider le quartier de ses 4984 habitants, de déplacer ces derniers dans les "grands-ensembles" de la Cité du Grand-Parc, puis de faire table rase de tout l’ancien bâti. Un peu plus tard, en 1962, une équipe d’universitaires, dans le cadre d’un ouvrage collectif consacré à une présentation de la région du Sud-Ouest, prend des positions tout aussi radicales sur ce quartier : « La place Mériadeck est le refuge du vice et de l’illégalité. L’entassement y atteint son maximum […] 77% d’ouvriers et de manœuvres partagent cette médiocrité avec les clochards-chiffonniers. La destruction complète est le seul remède » (Coustet et Saboya, 2005 : 222). Au final, l’application de la loi promulguée sur l’assainissement des « îlots insalubres » va constituer le principal motif de la démolition de l’ancien quartier Mériadeck.
Les documents consultés aux archives municipales de Bordeaux rendent cependant compte de la vie sociale de ce quartier avant sa démolition. Des enregistrements sonores et audiovisuels d’entretiens, menés au cours des années 1990 avec d’anciens habitants de Mériadeck, complètent ces informations. Ces enregistrements proviennent de la Mémoire de Bordeaux . Aux outils propres à l’investigation historique tels que la consultation des archives, fonds patrimoniaux et matériaux photographiques, nous avons adjoint les outils de l’enquête ethnographique tels que des entretiens approfondis et biographiques pour collecter une mémoire vive auprès d’anciens chiffonniers et habitants du quartier Mériadeck : deux anciens chiffonniers, deux fils de chiffonniers et une fripière acceptèrent de participer à cette étude.
L’étude des documents d’archives permet de relever un certain nombre de points qui concernent l’activité de récupération des déchets et l’histoire du quartier Mériadeck parmi lesquels : l’intérêt mercantile porté par la Ville de Bordeaux aux produits du chiffonnage dès le 19e siècle, l’accusation d’encombrement de cette corporation avec une réorganisation de l’espace public, une volonté de réglementation inscrivant le chiffonnier dans la marginalité et se faisant l’écho des craintes de contamination et d’encombrement de la population, des stratégies de résistance de cette corporation pour subsister avec la création de syndicats (Gonzalez-Lafaysse, 2010). Emanant de chiffonniers et récupérateurs indépendants, en réponse aux accusations dont ils sont l’objet, ces regroupements syndicaux constituent une stratégie de moralisation de la profession. Il s’agit aussi pour les récupérateurs de préserver le marché aux puces de la Place Mériadeck. Dès 1870, les autorités municipales accusent les chiffonniers d’encombrer et de désorganiser l’espace public. Sous divers prétextes, dont celui de la sauvegarde de l’ordre public, des entraves administratives vont progressivement limiter leur espace d’activité et de collecte.
Un lieu historiquement en proie aux réaménagements urbains
Le quartier Mériadeck n’a pas toujours été celui du chiffonnage. Anciennement zone de marécage, il a connu plusieurs réaménagements au fil du temps. C’est au 18e siècle qu’émerge véritablement ce que l’on nomme aujourd’hui l’ancien Mériadeck (Rèche, 1983 : 110-111), construit dans le prolongement du cours d’Albret. La trame urbaine est fidèle à celle des vieux quartiers bordelais (Pétuaud-Létang, 2001 : 49). Des hôtels de prestige sont construits sur le Cours d’Albret, pour accueillir les parlementaires en déplacement dans la ville. Les rues perpendiculaires à ce cours abritent des maisons bourgeoises sur deux étages. De superbes bâtisses encadrent les hôtels particuliers de la rue Georges Bonnac donnant aux abords de ce qui deviendra le quartier Mériadeck, des allures princières. Il prend pour nom Mériadeck en souvenir de Monseigneur de Rohan, Archevêque de Bordeaux au 18e siècle, qui en quête des fonds nécessaires à l’édification de son archevêché, vendit les terrains issus de l’assèchement du marais de la Chartreuse. Cet édifice deviendra ensuite l’actuel hôtel de ville. A la fin du 18e siècle la population du quartier comprend 46% d’artisans, 34% de nobles, marchands et maîtres architectes, et 6% de catégories beaucoup plus modestes, essentiellement marins et cochers (Desgraves, 1993 : 57).
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