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Français > Anglais : Roman contemporain, 649 670 caractères (espaces compris)
Roman contemporain
Pages 262
Caractères (espaces compris) 649 670
Caractères (espaces non compris) 534 994
Lignes 13 726
Délai de livraison : 5/6 mois
Exemple du texte :
C’est l'été, il fait beau, elle va mourir.
Le soleil de l’après-midi ne veut pas tirer sa révérence. Le ciel azur laisse voguer quelques nuages laiteux et une légère brise d’été caresse comme une main de velours.
Axelle dirige la moto pour aborder les courbes de cette route de campagne généreuse. Elle sent la puissance de la cylindrée à chaque reprise. Le plaisir pris à contrôler cette mécanique n’est rien comparé à celui de sentir blottie contre elle, celle qui l’accompagne. Ces bras qui enserrent sa taille, ces mains qui accrochent son blouson, l’étreinte de cette poitrine prisonnière de son carcan de cuir. C’est une entente fusionnelle entre les deux jeunes femmes. Elles forment un parfait binôme expérimenté à la pratique de la moto.
Elles imaginent que la douceur des dernières heures de l’été, n’existe que pour elles. Les arbres se préparent doucement à prendre leurs costumes d’automne, pour passer du vert charmant au rouge lie de vin, puis au jaune caramel, signe que la sève entame inexorablement sa période annuelle d’oisiveté.
Tandis que cette nature libre et sauvage plane dans leurs esprits, la voiture surgit au détour d’un virage. Très vite la carcasse d’acier dérape, glisse et fond sur elles, dans un crissement de pneus. Tout va très vite pour freiner, trop vite pour l’éviter. La moto bascule, puis se couche. Les corps des deux jeunes femmes chutent lourdement contre le sol comme deux enclumes aspirées par le vide. Le cuir des blousons se déchire, déchiqueté par les dents de l’asphalte qui dévorent, se consomme en même temps que les corps se consument. Le bitume est aussi dur et vorace que la brûlure est douloureuse. Comme une marionnette privée de ses fils, Axelle glisse impuissante et voit la bande blanche lécher son casque. Sa visière cassée laisse filtrer le bruit des graviers qui creusent la coque protectrice. Sous le choc, son corps ne lui obéit plus, sa tête est incontrôlable. Elle rebondit lourdement sur le sol. Malgré la violence du choc et la douleur, l’esprit d’Axelle ne se déconnecte pas. Les bras qui l’enlaçaient quelques minutes auparavant ne sont plus là, ils ont lâché prise. Où est celle qui se blottissait contre elle il y a encore quelques secondes ? Axelle hurle. « Jade !!! ». La souffrance et la peur de mourir s’allient à la peur de la perdre, Elle.
Puis tout s’arrête. Axelle gît sur le sol. Son corps refuse de bouger. Elle a mal. Elle a la sensation que sa peau est désintégrée, laissant ses chairs à vif. Sa vue la trahit et déforme l’espace, à moins que ce ne soient ses larmes qui troublent ce qui l’entoure. Le moindre geste la paralyse. Malgré la violence du choc, tous ses sens sont en éveil. La brûlure pour le toucher, l’odeur du cuir chauffé pour l’odorat, les moteurs des voitures arrivant au loin pour l’ouïe, les détails de la route pour la vue et cette substance âcre et chaude dans sa bouche pour le goût.
Instinctivement, elle tente de cracher ce sang qui laisse une empreinte visqueuse. La mousse de son casque en absorbe quelques gouttes comme l’humus d’un sol boisé engloutit les premières perles de pluie. Elle veut savoir où est sa compagne. Elle veut bouger, mais son corps reste immobile. Elle tente de tourner la tête, en vain. Elle appelle aussi fort que ses poumons le lui permettent. Puis un gémissement lui répond.
Le soulagement lui donne enfin la force nécessaire de se mouvoir, la douleur redouble mais elle parvient à la voir. Tout comme elle, Jade est étendue sur le sol, telle une poupée de chiffons. Son corps est immobile. La visière de son casque a été complètement arrachée. Un filet épais et rouge s’échappe de sa bouche, puis glisse sur le sol pour rejoindre une flaque déjà formée. La vie s’échappe de son corps. Impuissante, Axelle voit la lumière s’évanouir peu à peu du regard vert émeraude de sa compagne, tandis qu’elle puise dans ses dernières forces pour hurler aussi fort qu’elle le peut. Pour l’appeler Elle, pour le supplier Lui, pour effrayer la mort. Ses sanglots résonnent dans son casque et s’y écrasent comme sur les parois d’une grotte sans fond.
La route semble se moquer d’Axelle et rire de son malheur en lui présentant un rictus ensanglanté près du corps de Jade. « Jade !!!!! Non !!!!! ».
Le silence et la lumière blafarde des premières heures du jour, lui répondent en écho. Axelle se réveille trempée de sueur et engloutie par la peur. Cette même peur qu’elle a ressentie ce jour-là. Ce jour maudit où ce monstre d’acier l’a laissée à demi morte loin du corps de la femme qu’elle aimait.
Elle s’assied sur le bord de son lit, le regard enfoncé dans le sol. Comme à chaque cauchemar, les palpitations font vibrer les veines de son cou.
Les premières gouttes de la douche s’écrasent sur sa nuque. Les images de son rêve se répètent et se succèdent. Encore une fois, les mêmes questions. Pourquoi n’a-t-elle pas pu éviter l’accident ? Pourquoi est-ce elle, qui est en vie ? Alors que l’aube vient de reprendre la main, elle se sent déjà épuisée. Jour après jour elle doit lutter contre l’envie de céder. Elle voudrait que tout ceci n’ait jamais existé et que Jade soit encore là.
Après l’accident, elle aurait voulu mourir pour la rejoindre, pour lui dire que sans elle la vie n’avait plus de sens. Que tout était sa faute et combien elle s’en voulait. Face à son envie d’en finir, la détermination des siens à la garder en vie avait été plus forte. Ils avaient déployé des tonnes d’amour, de compassion et de patience. Les mois passés à l’hôpital avaient été une succession de témoignages d’affection et de soutien à son égard. Ses parents et ses amis étaient restés tour à tour à son chevet. Jamais elle n’avait été seule. Ils avaient tous été là, alors qu’elle-même était tellement loin. Loin de cette vie dont elle ne comprenait plus le sens et l’importance. Cette vie qui l’avait trahie et dont elle ne voulait plus.
Elle se souvient encore de son premier réveil dans cette chambre d’hôpital. Des odeurs, des bruits de pas qui allaient et venaient dans les couloirs. Du chuchotement de la porte qui laissait le passage à une infirmière, un médecin ou une visite. Elle n’avait pas ouvert les yeux que déjà parvenait à son oreille, l’ambiance de ce lieu où elle allait passer de longs moments, avant de retrouver tout ce qu’elles avaient connu ensemble et qui lui faudrait affronter seule.
Les médecins avaient dit qu’elle avait eu de la chance de s’en sortir. Que ses blessures, bien que très importantes, n’étaient plus un danger. Que sur le plan clinique, elle était sortie d’affaire. Qu’ils avaient vu bien des accidents de motos moins impressionnants se terminer plus tragiquement.
Mais qu’en savaient-ils ? Que pouvaient-ils connaître du drame qu’elle vivait ? En dehors des traumatismes visibles, que pouvaient-ils savoir des plaies qui suintaient à l’intérieur ? Là, tout au fond où les scalpels et les pinces ne pouvaient accéder, clamper et suturer. De cette sensation qu’une partie de soi vient de vous être retirée sans que vous ayez pu lui dire une dernière fois « je t’aime » ou « tu es la meilleure chose qui me soit arrivée ». Qu’en savaient-ils ? Axelle aurait voulu vomir toute cette haine qui lui serrait la gorge et dont seule sa conscience pouvait entendre la confession. Mais elle n’avait rien dit. Aidée par la Morphine, elle avait supporté la douleur des cicatrices encore fraîches, laissées par les aiguilles qui avaient transpercé les chairs.
Les chirurgiens, qui avaient promis de tout tenter, avaient usé de tout leur savoir et de la plus grande délicatesse pour prélever des lambeaux de peau aux endroits laissés vierges sur ce corps abîmé par la violence de l’impact. Ils avaient reconstruit au mieux son épaule et une grande partie de son dos, brûlés par la morsure du bitume. Ils avaient créé de nouvelles cicatrices pour essayer d’en atténuer d’autres, plus profondes, destinées à ne jamais disparaître complètement. Les jours étaient devenus des semaines puis des mois, à soigner et à panser.
Durant tout ce temps, Axelle n’avait pas voulu regarder son corps. Il ne semblait plus lui appartenir. Il l’écœurait. Elle ne voulait pas voir ce qu’elle devrait supporter le reste de sa vie. Les pansements étaient une frontière qu’elle ne voulait pas franchir. Mais un matin, la frontière s’est effondrée. On était en novembre. Une infirmière jeune diplômée, une maladresse, un reflet dans le miroir. Quelques secondes ont suffi pour qu’Axelle prenne la vérité en pleine face comme on reçoit une gifle. Ce matin de novembre, à la douleur s’est ajoutée sa propre laideur.
Depuis, Axelle a besoin de prendre de longues douches fraîches. L’eau lui fait du bien. En lavant son corps, elle calme le feu qui continue à vivre en elle. Les spécialistes lui ont dit que la douleur serait longue à disparaître.
Le bruit des clapotis résonne sur les murs de la salle de bain, tandis qu’Axelle recueille une noix de lotion parfumée dans le creux de sa paume, avant de l’appliquer doucement. Elle ne peut plus frotter comme elle le faisait avant. Son corps lui réclame de la délicatesse. Elle caresse avec précaution les cicatrices comme autant de sillons creusés à même la chair. La mousse se forme sous le passage de ses mains et recouvre pour un instant seulement, ce qui lui est encore insupportable à regarder dans un miroir. Puis l’eau vient chasser cet onguent de bulles pour faire place nette à la réalité.
Tandis qu’elle passe devant la psyché de sa chambre, son peignoir lui cache ce qu’elle est devenue. Elle sait qu’elle doit vivre avec. Qu’elle doit accepter cette nouvelle enveloppe, mais entre savoir et pouvoir il y a tout un monde. Un monde de questions, d’appréhension et de doutes. Vivre avec cette nouvelle peau, réapprendre à s’aimer. Mettre de côté la culpabilité qui la ronge, à défaut de la faire disparaître.
Mettre de côté.
Elle ne veut pas que les autres sachent combien il lui est difficile de vivre avec elle-même. Personne ne doit comprendre qu’à l’intérieur tout est parti en fumée. Elle ne dit rien, ne laisse rien filtrer, donne le change, mais ne supporte plus qu’on lui demande si tout va bien. Non, tout ne va pas bien. Mais elle ne veut pas laisser se fendiller les murs protecteurs et invisibles qu’elle a construits, pierre après pierre. Elle rassure en mentant. En se mentant plus à elle-même, qu’au monde qui l’entoure.
La cafetière crache ses dernières plaintes tandis qu’un café noir remplit un mug aux couleurs du rainbow flag. Comme d’habitude, il est accompagné d’un cocktail d’analgésiques, qui, à défaut de faire disparaître la douleur, la rend supportable. Depuis combien de temps prend-elle ces comprimés ? Elle ne le sait plus. Sont-ils vraiment nécessaires ? Elle ne veut pas se poser la question. C’est sa trithérapie ironise-t-elle. Celle sans qui, la journée ne pourrait pas commencer.
L’odeur du soufre précède d’un instant seulement la flamme de l’allumette qu’elle vient de craquer pour sa première cigarette. Elle fume maintenant. Elle qui n’avait plus goûté au tabac depuis son adolescence. Les volutes presque translucides lèchent ses lèvres avant d’être soufflées, pour s’évanouir dans l’air matinal. Elle regarde par la fenêtre ouverte la rue qui s’éveille peu à peu à la vie citadine.
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